La présence gaullienne, aujourd’hui !

« L’Appel du 18 juin ». La formule suffit : tout le monde sait de quoi il s’agit. Que l’Appel a été lancé depuis Londres par le Général de Gaulle. Que c’était une tentative héroïque et improbable, alors que la France venait d’être envahie en un éclair par l’ennemi hitlérien, d’incarner le refus de se résigner à la défaite, et la résolution de préparer sa libération et son renouveau.

Tout le monde en connaît le millésime : 1940. Il y a 80 ans, ce qui fait de 2020 une année triplement gaullienne, entre le 22 novembre 1890 – naissance de Charles de Gaulle à Lille – et le 9 novembre 1970, jour de sa mort à Colombey-les-Deux-Eglises.

Cet Appel, prononcé à la radio de Londres par un général presque inconnu, entendu alors par peu de Français, a pourtant marqué une première étape vers la Résistance puis, avec les Alliés, la reconquête en vue de la victoire, jusqu’à la fondation et les dix premières années de la Ve République.

Voici que l’homme d’Etat, le théoricien, l’auteur, l’orateur…, lui qui a dû faire face à tant d’adversaires et de critiques, est devenu l’objet d’une révérence quasi unanime. D’où la profusion des déclarations qui se réfèrent à lui, des livres, des colloques, des cérémonies. Ce retour aux réalités de l’Histoire, des textes et des déclarations de Charles de Gaulle est évidemment salutaire. Le moment est bien choisi pour y procéder.

L’indépendance de la France et l’équilibre du Monde

La France libre, restaurée dans son indépendance, et maîtresse de son destin : on voit bien quels efforts restent constamment nécessaires pour préserver ce privilège. L’action du Général, éclairée par ses discours et ses écrits, montre la voie d’une politique attentive à concilier les alliances et l’indépendance.

Le spectaculaire rapprochement avec Konrad Adenauer a fait du couple franco-allemand le moteur irremplaçable de l’Union européenne. La planète reste divisée en deux blocs, même si leur nature et leur poids respectifs ont changé. Dans cette nouvelle constellation, la France doit rester souveraine en ses positions. Comme au siècle dernier, elle doit faire progresser la détente, l’entente et la coopération. Et répondre ainsi à tant de peuples qui continuent d’attendre d’elle, mieux que des géants impérialistes, sa contribution à l’équilibre du Monde.

Lorsque, ces temps-ci, on s’aperçoit que nos médicaments, nos vêtements et même notre alimentation ont largement échappé à notre industrie et à nos producteurs, l’exemple des années 1958-1969 doit inspirer la reconquête des ressources et des capacités propres à nous permettre de faire face aux événements sans avoir à quémander au loin et dans l’urgence, des biens et des services dont nous nous étions dépossédés en raison d’une mondialisation incontrôlée.

Un Etat fort mais un pays décentralisé

Le Commissariat au Plan, dont on peut regretter la disparition, apportait à l’Administration, aux collectivités, à tous les acteurs de la vie économique et scientifique, une vision claire sur les objectifs et la stratégie, au-delà des improvisations du court terme. Aux très légitimes préoccupations écologiques et aux craintes ravivées sur la sécurité et l’ordre publics,  doit répondre un Etat fort. C’est en le restaurant que le Général a pu redresser le pays et faire face aux secousses et aux péripéties, qui sont de toutes les époques. Et sur lui s’appuyait la confiance du public, si nécessaire à son adhésion et à son engagement.

Il y fallait une Constitution, celle de la Ve République, pour permettre au pays de surmonter, depuis 60 ans, tant d’événements et de crises en dépit de la diversité des personnalités qui ont gouverné la France. S’il s’avère nécessaire de faire évoluer ses institutions, une relecture attentive des déclarations du Général sur le sujet incitera de tels projets à être précédés de prudentes réflexions.

Pour lui, l’indispensable force de l’Etat ne résidait pas dans la technocratie tatillonne et centralisatrice dont on a pu constater si récemment les inconvénients. Et une efficace régionalisation, qu’il a voulu pousser jusqu’à son départ de l’Elysée, demeure de nos jours confrontée à de tenaces entraves.

Une société évolutive, de solides principes, des citoyens confiants

Les femmes dans la société ? C’est le Général qui leur a donné le droit de vote, puis leur émancipation financière, puis l’accès à la contraception. Les salariés dans l’entreprise ? C’est lui qui a voulu leur accorder la participation financière à ses résultats.     

Enfin si tant d’études récemment publiées s’affligent de devoir prendre acte de la défiance croissante du peuple envers la parole publique, les dirigeants du pays, les médias, les experts… il importe de rappeler la dignité, la rigueur et la décence qui, sans exception, ont caractérisé l’attitude et le comportement de Charles de Gaulle. Qualités exemplaires qu’il serait à chacun loisible d’imiter de son mieux en sorte d’inspirer aux citoyens la considération et le respect. 

Cette année, mieux que jamais, rappelle à la France l’épopée gaullienne telle qu’elle l’a vécue, l’empreinte gaullienne en ce qu’elle est aujourd’hui, la présence gaullienne qui peut continuer à inspirer ses choix d’avenir.

(Dernières Nouvelles d’Alsace – 20 juin 2020)